Être chrétien en Afrique aujourd’hui… le témoignage d’un prêtre en Côte d’Ivoire

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Le contexte africain ne peut se comprendre sans la prise en compte de l’importance du religieux et de ses articulations avec l’économique le politique et le social. L’omniprésence du religieux, se manifeste par la présence de mouvements fondamentalistes chrétiens comme musulmans à côte d’un christianisme et d’un Islam noir qui eux, sont des appropriations africaines du christianisme et de l’Islam.

Ces dernières sont plus accommodantes et sont même des facteurs d’équilibre dans des pays comme le Sénégal par exemple. Ils ont comme soubassements les données fondamentales de l’anthropologie traditionnelle Africaine, basée entre autre sur le respect de l’humain et une conception de la religion comme promotrice de la vie. Du fait de ce substrat culturel africain, le suicide au nom de la religion, par exemple n’a pas de sens du point de vue anthropologique, social, et religieux. Cet Islam noir a cherché plus à convaincre par la sainteté de vie de ses fondateurs et la pertinence de leurs réponses aux questions que se pose l’homme africain que par la contrainte. La nouveauté radicale de mouvements comme Boko Aram qui se situe en Afrique noire, est l’expression - sous le mode de la violence-  de l’émergence de phénomènes religieux en Afrique qui se démarquent du substrat culturel traditionnel, comme l’atteste la violence absolue exercée sur le corps et sur la vie (kamikazes). Il s’agit là d’une donnée inédite, dont il faut se demander si elle est l’expression extrême de convictions religieuses ou le langage de la désespérance de franges de la jeunesse africaine laissées en rade par l’échec du système politique et scolaire, et qui en l’absence de repaires et d’utopies mobilisatrices et face à l’omniprésence d’un Occident jugé à tort peut être arrogant, trouvent dans le radicalisme religieux un lieu de résistance pour dire leur révolte et chercher une identité. Cela ne dit pas tout des fondamentalismes religieux en Afrique, mais nous pousse à aller au-delà des apparences pour cerner un problème qui est certes inquiétant, mais marginal. Dans le contexte africain, la violence religieuse extrême se nourrit de désespérance, de pauvreté,  d’ignorance et parfois de conflits locaux ethniques, économiques et politiques qui utilisent la religion comme paravent.

Mon regard de chrétien africain est limité par mon expérience personnelle. Il est celui d’un prêtre catholique, dont une partie de la famille est musulmane, qui a de nombreux amis musulmans, né dans un contexte sénégalais où toutes les religions vivent en bonne intelligence. La montée de l’islamisme radical est pour nous un lieu d’interrogations et de perplexité, qui n’altère point mon respect et mon estime pour la grande majorité des musulmans africains qui désapprouvent la violence. Par-delà  les angoisses, je souhaite que triomphe l’Islam du Coran qui a dit de belles paroles sur le Christ et sur Marie sa mère.

Je souhaite que  l’Islam africain, celui des grands soufis Cheick Ahmadou Bamba, El hadji Malick Sy,  Seydou Nourou Tall, etc. reste le même. Si le Sénégal reste un modèle de démocratie et de convivialité entre les religions et les ethnies, il le doit  en partie à son Islam qui a laissé le Coran interroger et féconder la culture africaine, pour qu’en émerge un humanisme fécond et fécondant. Cet Islam est le rempart le plus sûr contre les extrémismes. Etre chrétien africain dans le contexte d’émergence des extrémismes religieux, c’est, au nom de sa foi, promouvoir avec nos frères musulmans le dialogue de la vie, celui de tous les jours entre voisins, amis, entre croyants autours des grandes questions de société en Afrique : pauvreté, sida, mal gouvernance, problèmes des jeunes etc. La violence et la haine ne doivent avoir le dernier mot !

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