Côte d’Ivoire/Croissance économique : L’appel de Niamien N’Goran à la réconciliation

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Mesdames et Messieurs;
Honorables invités;
C’est pour moi un grand plaisir de venir m’entretenir avec vous sur la question cruciale qu’est la réconciliation nationale en Côte d’ivoire et son impact sur la croissance économique.
Comme vous le savez, depuis 2000, notre pays est entré dans une crise sans précédent. Cette crise a provoqué une profonde fracture dans la société ivoirienne. Les violences de toutes sortes qui émaillent notre quotidien, les séquelles de l’occupation du Centre, du Nord et de l’Ouest du pays, la persistance des attaques meurtrières de populations frontalières du Libéria, démontrent la nécessité de reconstruire la cohésion et l’unité nationales pour rendre possible le retour de la paix et la coexistence pacifique de nos différentes communautés et régions.
Le Président Alassane Ouattara en mettant sur pied la Commission Dialogue Vérité et Réconciliation (CDVR) a bien compris qu’il ne peut y avoir de croissance économique dans une société divisée et sujette à conflits récurrents. Le sujet de notre réflexion « Impact du processus de la réconciliation nationale sur la croissance économique en Côte d’Ivoire » sera abordé en deux parties. Nous montrerons, dans une première partie que la réconciliation est une exigence, pour construire l’unité nationale et, dans une deuxième partie que cette réconciliation est également une exigence, pour impulser le redressement et la relance économiques.

I-La réconciliation comme une exigence pour reconstruire l’unité nationale
La réconciliation ne s’explique que dans un contexte conflictuel où les rapports entre les citoyens sont violents, car inscrits dans la réciprocité du mal articulée sur la logique de la vengeance. L’espace social et politique est, comme chacun le constate si souvent, ce lieu où pèsent, de tout leur poids, les imaginaires chargés d’affectivité, un monde où se concentrent les passions les plus puissantes, les haines et les colères les plus violentes, ainsi que les espoirs les plus exaltés. Ces passions, dans l’histoire des peuples, sont bien présentes et nombre de penseurs en ont élaborées la théorie de diverses manières, pour en proposer des remèdes en vue d’en écarter les risques ou d’en tirer avantage. Ce qu’il convient de noter, c’est le fait que les rapports entre les hommes seront toujours chargés d’amours, de haines, de méfiance, et cela, est une manifestation de la condition humaine. Les rivalités, les concurrences, sources de conflits, sont inévitables car aucun des acteurs de nos sociétés humaines, ne poursuit d’objectifs moraux transcendants à ses intérêts. Ces acteurs ne sont pas non plus arrêtés dans le déploiement de leurs passions par des impératifs transcendants. La liberté humaine élevée au rang d’absolu ne peut aboutir qu’à l’exaltation banalisante de « l’ego », qui devient alors une source incontrôlable d’excès meurtriers. C’est pourquoi Pascal disait dans ses Pensées que le « moi » est haïssable et Machiavel affirmait comme un axiome incontournable, le fait que « les hommes sont méchants et toujours prêts à montrer leur méchanceté toutes les fois qu’ils en trouveront l’occasion. (Cf. Discours sur la 1ère décade de Tite-Live, III,p.685.
Chez Karl Marx, l’intensité passionnelle est donnée comme indispensable au progrès de l’histoire. L’évolution du prolétariat vers la pratique révolutionnaire nécessite une évolution des passions vers l’approfondissement de l’antagonisme des classes. La passion révolutionnaire doit être développée et entretenue. C’est le travail des « intellectuels révolutionnaires » qui ont la charge de développer une éthique des haines collectives afin de produire, au travers de l’excitation des pulsions de haines de classes, un esprit générateur d’agression et de violence révolutionnaires. Une telle orientation a conduit, sous le régime de la refondation, à l’aggravation de la fracture sociale et à la dissolution du lien social dans notre pays dont il a menacé l’Etat de disparition.

Pour une éthique de la
réconciliation
Contre l’éthique des haines collectives développée par le FPI, la mouvance houphouëtiste qu’est le RHDP développe avec le président Alassane Ouattara une éthique de la réconciliation. La réconciliation suppose la rupture d’avec les réflexes de la stéréotypisation où s’organise par le mensonge, la haine, la calomnie, la persécution, les complots, la désinformation, la marginalisation, le maquillage de l’identité de l’autre pour lui conférer une image négative et répulsive. L’animalisation de l’autre, par exemple, permet de travailler à son extermination au travers d’un enthousiasme festif pervers qui travestit la figure du patriote en le réduisant en simple défenseur manipulé d’un souverainisme surfait. C’est ainsi que la galaxie patriotique et son escouade de miliciens criminels ont instrumentalisé le désordre des pulsions débridées et l’horreur pour asseoir les bacchanales de la terreur dans nos villes et nos campagnes. Pour sortir de ce cycle infernal de violences et de haines, la vengeance est contre productive. L’éthique de la réconciliation vise donc à briser le cycle des vengeances qu’entretient le non pardon des offenses et des agressions. L’éthique de la réconciliation confère au pardon une valeur injonctive qui s’articule sur l’idée de sa réciprocité libératrice, laquelle situe chacun des acteurs politiques dans sa responsabilité civile. Si nous partons de l’hypothèse racinienne selon laquelle personne « n’est tout à fait coupable, ni tout à fait innocent » dans la mesure où chacun de nous a, au moins une fois dans sa vie, fait du mal à son prochain, pardonner à l’autre revient à pardonner, d’abord, soi-même, ensuite, à reconnaître sa part de responsabilité dans le malheur collectif, avec la ferme volonté de changer la situation. En cessant ainsi de culpabiliser l’autre, on lui donne la possibilité de descendre en lui-même, de faire sa propre introspection, de parcourir les étapes de la purgation de son aveuglement et d’accéder à la résolution de ne plus être désormais un instrument de mort. En choisissant le chemin de la réconciliation, le Président Alassane Ouattara opte pour la méthode radicale. La lutte contre la violence est vaine si elle s’autorise de l’usage de la violence. S’attaquer à ce mal, c’est l’attaquer à sa racine, à son principe.
Hampaté Bâ nous enseigne que « le mal est un souffle mystérieux » (Cf Vie et enseignement de Tierno Bokar, le sage de Bandiagara p.159) qui ne peut que se démultiplier quand on le met en œuvre. Ainsi le mal appelle le mal et ne peut produire que du mal car, « lorsque l’on tue par la violence ou par les armes un homme animé par le mal, le principe du mal bondit du cadavre qu’il ne peut plus habiter et pénètre dans le meurtrier par ses narines dilatées. Il prend en lui une racine nouvelle et devient plus tenace encore en redoublant ses forces. La réconciliation en instituant le pardon et la possibilité de surmonter la douleur du pardon en pardonnant malgré la douleur pose le pardon comme facteur du vivre ensemble, comme instrument de paix social et de reconstruction du lien social. La réconciliation exhorte au respect du principe de la discipline. A cette fin, la réconciliation propose aux Ivoiriens un mode de gestion de leurs émotions et de leurs passions qui privilégie le retour à l’ordre, au droit et à la loi, bref à l’Etat de droit. La nouvelle alliance prend appui sur la confiance reconstruite, l’entente cordiale et la fraternité qui réduit les écarts sociaux, comme un défi pour vivre dans la paix avec soi et avec les autres. La coexistence pacifique retrouvée redonnera à notre pays un climat propice à la sécurisation des biens, des personnes et des affaires. D’où notre deuxième mouvement de réflexion :

II.- La réconciliation comme une exigence pour impulser le redressement et la relance économiques
Une société réconciliée est une société dont le climat offre aux affaires l’environnement indispensable à leur déploiement. Comme dit l’adage, l’argent n’aime pas le bruit ni le désordre. On connaît l’impact des actes de vandalisme sur le tissu industriel et le monde des affaires avec son cortège de fermeture d’entreprises qui a jeté bon nombre de nos compatriotes dans le chômage, la pauvreté et la misère. La régression subie par notre économie, lors de la crise qui a marqué la décennie 2000 n’est pas à démontrer et saute aux yeux. Les chiffres en disent long sur la situation : taux de croissance négatif, aggravation de la pauvreté dont le taux avoisine 70% dans la zone CNO et 50% en moyenne nationale. Les infrastructures sanitaires et économiques ont atteint des niveaux de dégradation inédite. Cependant, depuis l’exercice effectif du pouvoir, par le président Alassane Ouattara et cela en un peu plus d’une année, la Côte d’Ivoire a renoué avec le progrès économique et social. Le PIB dont la croissance était en 2011(-7%) devrait connaitre une progression de 8% cette année et de 9% en 2013. Le cadre macroéconomique a été assaini. L’hypothèque de la dette publique a été levée avec l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative PPTE et l’annulation d’une partie importante de la dette ivoirienne par les créanciers publics. Bref, le pays aujourd’hui renaît. On note un véritable frémissement dans les milieux d’affaires qui retrouvent la confiance des investisseurs assurés du retour de l’Etat de droit et de la bonne gouvernance qui rassure.
L’horizon politique, économique et social est en train de se dégager, sous l’autorité du Président de la République, avec l’appui des partis membres du RHDP et de la majorité des Ivoiriens.

L’école et l’université
renaissent de leur cendre.
La décision de fermeture de l’université a été salutaire, pour redonner à ce temple du savoir et de la formation son lustre d’antan. Les bâtiments et les infrastructures de l’université d’Abidjan sont en voie d’achèvement de leur restauration.
Les élèves et étudiants pourront y recevoir une formation de qualité, à partir du 1er septembre prochain, date de la rentrée universitaire.
C’est un pari gagnant pour l’avenir, avec une jeunesse formée et bien formée, dans un cadre assaini. Car ne l’oublions pas, la population ivoirienne est constituée majoritairement de jeunes, jeunes qu’il faut former pour gagner les paris et les défis de l’avenir. En conclusion, je dirai qu’une société qui se refuse à la réconciliation et au pardon se condamne à la régression en entretenant, par la poursuite indéfinie de la vengeance, la violation permanente des droits et le règne de l’insécurité. Cette insécurité constitue un obstacle rédhibitoire et un frein à la relance de l’économie. En effet, l’insécurité freine les acteurs économiques dans leurs activités ; elle gêne les travaux agricoles et entraine la désertion des plantations, phénomène néfaste pour un pays dont l’économie repose sur l’agriculture ; elle entraîne :
•la fermeture des entreprises avec pour corollaires : le chômage, la perte du pouvoir d’achat et la généralisation de la misère ;
•la violation des droits des personnes et la destruction des biens privés et publics ;
•l’absence de justice sociale et dans les affaires ;
•la méfiance des investisseurs et des partenaires au développement;
•la disqualification des institutions qui se caractérise par l’absence de l’état de droit et l’instauration de l’arbitraire d’une justice qui ne dit pas le droit.
Tous ces facteurs conduisent à la récession et il faut absolument les combattre. D’où l’impératif de réconciliation nationale.
Je vous remercie pour votre aimable attention.

NIAMIEN N’Goran
Inspecteur général D’Etat

Le Mandat

Abidjan.net

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