Ouattara en France : Les trois grandes leçons d’une visite

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En politique, cette vieille formule du Général De Gaule a presque valeur de doctrine : « les Etats n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts ».
Certes, pour diverses raisons, certains Etats éprouvent pour d’autres des amitiés, parfois profondes, mais aussi des inimitiés qui ne le sont pas moins. Cependant, tous font passer leurs intérêts respectifs avant toute autres considérations. C’est encore plus vrai, de ce point de vue, qu’un ‘’Etat A’’ ne tournera pas le dos à un ‘’Etat B’’, tout simplement parce que le chef de ‘’l’Etat A’’ n’est pas l’ami de celui de ‘’l’Etat B’’.
Les relations interétatiques vont bien au-delà de quelconques considérations affectives entre des individus, fussent-ils les premiers garants de leurs pays. Ce n’est pas non plus parce que deux chefs d’Etat seraient amis à titre personnel, que les relations qui régissent leurs pays respectifs vont s’en trouver forcément au beau fixe.
C’est donc clair une fois de plus : l’un des véritables arguments qui détermine l’amitié entre deux Etats, c’est celui de leurs intérêts réciproques.

Les Etats n’ont pas d’amis…

Car quand bien même l’histoire, la géographie, la langue ou la culture peuvent être des facteurs influant sur la qualité des relations entre Etats, l’argument prépondérant reste celui du bénéfice que l’un peut tirer de l’autre. En termes de coopération bilatérale, dans tous les domaines. Au plan économique, social, culturel, commercial, diplomatique, etc.
Ceci est certainement l’une des grandes leçons à retenir de la visite officielle du président Alassane Ouattara en France. Car plus que les individus Ouattara et Hollande, ce sont la Côte d’Ivoire et la France – du moins leurs intérêts respectifs – qui se sont croisés à l’Elysée.
Malheureusement, certains de nos compatriotes ont du mal à comprendre ce mécanisme propre aux relations internationales. Ils ont la mauvaise manie de réduire tout aux personnes physiques là où c’est d’abord l’Etat qui compte.
Car, avant cette visite du chef de l’Etat en France, des voix – et des plumes – avaient imaginé et annoncé des schémas autre que celui auquel le monde entier a assisté le 26 juillet dernier au Palais de l’Elysée, à Paris. Ils voyaient bien dans leur imaginaire par trop ombrageux, un Alassane Ouattara essuyant un cinglant revers diplomatique au pays de François Hollande. Sur la base de fausses et puériles certitudes – du genre François Hollande est socialiste comme Gbagbo, et l’adversaire au détour d’une élection de Nicolas Sarkozy, l’ami de Ouattara –, ils ont caressé des mauvais rêves pour le numéro un ivoirien. Certains journaux bleus, pour ne pas les citer, avaient même écrit que François Hollande refusait de rencontrer son homologue ivoirien. D’autres avaient ventilé l’idée que l’ancien D.GA. du FMI se ferrait piéger et tancer par le patron de l’Elysée parce que, entre autre, il avait fait traduire Gbagbo devant la CPI, et tutti et quanti.
Las ! Leur déception a, du coup, dû être grande en voyant comment le nouveau président français a mis les petits plats dans les grands pour réserver à son homologue ivoirien, un accueil des plus chaleureux. Celui d’un chef d’Etat à un chef d’Etat, d’un dirigeant démocratiquement élu à l’issue d’une élection transparente, à son homologue parvenu dans les mêmes conditions que lui au pouvoir d’Etat. C’est-à-dire, avant tout, avec l’onction du peuple. Celui, en dernière analyse, du premier magistrat d’un pays qui a des sérieux atouts économiques, commerciaux, culturels, à faire valoir.
Encore que l’ennui chez ces oiseaux de mauvais augure, c’est qu’ils oublient que c’est le candidat socialiste français lui-même qui répétait, lors de sa campagne électorale, que quelle que soit l’issue des élections, les relations entre son pays et l’un des pays phares de la sous-région ouest africaine qu’est la Côte d’Ivoire, ne changeraient pas. Mieux, le futur patron de l’Elysée n’avait jamais caché, au plus fort de la crise postélectorale ivoirienne, sa répulsion pour l’attitude dictatoriale et tyrannique de l’ex-chef de l’Etat ivoirien, qui par le refus de sa défaite électorale, occasionnait le massacre en règle de son propre peuple, reconnaissant par la même occasion que c’est bien Ouattara qui avait gagné les élections.
Le camouflet est donc cinglant pour les refondateurs, qui croyaient que Ouattara buterait contre « l’obstacle » Hollande.

Ouattara, un « animal politique »

Une autre leçon, la deuxième, de ce succès diplomatique d’ADO, étroitement liée à la première, est, finalement, de la part d’Hollande, la reconnaissance tacite en Ouattara d’un véritable et grand homme d’Etat, un redoutable « animal politique ». Comment en si peu de temps (à peine un peu plus d’un an), pour lui le libéral, réussir ce que son prédécesseur n’a pu faire en dix ans : s’attirer la sympathie d’une France sous gouvernance socialiste de gauche, là ou Gbagbo n’a brillé sous la France gouvernée par la droite, que par son esprit bagarreur et belliqueux ? « Le président Hollande et moi avons convenu de nous voir souvent », avait révélé Ouattara au sortir de son audience avec son hôte français. Visiblement, contrairement à Gbagbo, le numéro un ivoirien est bien parti pour « dormir bien » tout le long de son mandat.
enfin, la troisième leçon à tirer de cette visite, c’est bien celle qui inscrit définitivement Ouattara dans le cercle, pour le moment bien restreint en Afrique, des nouveaux gouvernants qui se distinguent par leur sérieux, leur modernisme, leur sens élevé du travail, leur farouche volonté de sortir leur peuple du sous-développement, de la misère. Car au-delà de cette visite en France, tout le monde voit bien, Hollande y compris, comment le président ivoirien se démène comme un beau diable, sautant d’un avion à un autre – il a effectué 40 voyages en 14 mois (c’est d’ailleurs un confrère bleu qui le notait hier) – à la recherche effrénée de partenaires au développement économique de son pays. C’est presque du jamais vu en Afrique ! Résultat : c’est la ruée des investisseurs étrangers en Côte d’Ivoire. C’est la mise en route des nombreux chantiers infrastructurels. Ce sont les prémices réelles d’une embellie sociale qui s’annoncent pour les populations.
En lui ouvrant largement les bras, le numéro un français a sans doute appréhendé en Ouattara ce dynamisme hors du commun qui devrait impulser la Côte d’Ivoire vers le statut de pays émergeant que ce vrai patriote a promis aux Ivoirien pour l’horizon 2020.

KORE EMMANUEL

Le Patriote

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