Côte d’Ivoire: Faut-il libérer Laurent Gbagbo au nom de la réconciliation?

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Rendre la liberté à l’ancien président pourrait contribuer à un vrai apaisement. Mais il faudrait que tous y aient intérêt.

Qu’il soit présent ou absent de la scène politique ivoirienne, l’ex chef d’Etat ivoirien Laurent Gbagbo, continue encore de peser sur la vie politique de son pays.

Qu’on le veuille ou non, et quel que soit ce dont il est accusé ou pas, qu’il en soit directement responsable ou victime de manipulation de son entourage, il est évident qu’il demeure toujours un acteur principal, au cœur de l’action politique ivoirienne.

Malgré son emprisonnement à La Haye, il demeure toujours au centre des préoccupations et des activités majeures du processus de réconciliation en Côte d’Ivoire. Il constitue aussi la seule et unique opposition, même passive, au nouveau pouvoir en place et cela, en raison d’une inexistence troublante des cadres LMP (La Majorité présidentielle, coalition pro-Gbagbo incluant son parti), pourtant présents dans le pays.

L’enjeu de la réconciliation

Alors, la question de la libération du président Gbagbo pourrait-elle devenir une question d’Etat, au nom de la réconciliation nationale qui peine à convaincre, tant les positions sont figées de part et d’autre?

Nous l’avons bien compris, le processus de réconciliation nationale est devenu un enjeu national d’envergure pour tous les acteurs politiques nationaux de premier plan.

D’abord, pour l’alliance politique au pouvoir, réussir cette réconciliation nationale sur le modèle de l’Afrique du Sud, postapartheid, lui permettrait d’instaurer un climat social favorable à la réalisation du programme de gouvernement et du projet de société du candidat Ouattara.

Ceci étant, est-ce que tous les acteurs de cette alliance politique ont tous le même intérêt à voir ce processus arriver à son terme, avec le succès escompté par le gouvernement? Chacun appréciera.

Ensuite, elle représente une formidable opportunité pour le président de la Commission Dialogue Vérité et Réconciliation (CDVR), chargé de mettre en œuvre cette mission difficile.

La volonté d’une réussite personnelle

En acceptant cette lourde responsabilité, il a bien compris les différents enjeux sous-jacents, et surtout comment il pourrait les utiliser en cas de réussite pour se positionner sur la scène politique nationale.

La succession ouverte du président Bédié (de 1993-1999) à la tête du PDCI (Parti démocratique de Côte d’Ivoire), qui est un véritable secret de polichinelle et un tabou protégé au sein de ce parti, peut être un élément déterminant pour lui, en cas de réussite.

S’il réussit ce pari, il aura alors une véritable légitimité nationale pour rivaliser avec l’actuelPremier ministre (Jeannot Koudiao-Ahoussou), issu du même parti politique, et peut-être avec bien d’autres, pour l’instant en embuscade. En dépit de cette alliance politique de circonstance, chacun sait les ambitions présidentielles légitimes des uns et des autres.

L’enjeu est tel, qu’à la surprise générale, selon la presse locale, le président de cette commission chargée de la réconciliation nationale, serait «disposé à effectuer le déplacement, pour rencontrerCharles Blé Goudé (chef des jeunes miliciens de Gbagbo), hors de la Côte d’Ivoire, afin d’étudier ensemble, les conditions de sa participation effective à la réconciliation nationale.» Tout est donc possible en politique.

La libération de Gbagbo contrepartie d’un arrangement

Et enfin, pourquoi ne pourrait-on pas imaginer de négociations secrètes entre le pouvoir et Laurent Gbagbo, détenu à la CPI pour «crime de sang»?

Selon Florent Geel, directeur Afrique à la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH):

«En tant que président, il assume tous les actes commis par ses subordonnés.  D’un point de vue hiérarchique, Gbagbo porte une responsabilité éminente dans les violences qui ont suivi la présidentielle de novembre 2010 en Côte d’Ivoire. Celles-ci ont éclaté à la suite de son refus de reconnaître sa défaite.»

Avec ce dossier très sensible politiquement, parce qu’il y a eu de nombreux crimes commis, et selon l’opposition ivoirienne et certaines ONG internationales, on devrait étendre les enquêtes au-delà de la crise postélectorale.

Dans ce cas, certaines personnalités de l’ex-Forces Nouvelles (l’ancienne rébellion menée par Guillaume Soro, actuel président de l’Assemblée nationale) pourraient être inquiétées. Cela pourrait aussi donner lieu à de fortes négociations secrètes, afin de trouver des arrangements politiques sur les crimes des uns et des autres.

Si cette possibilité purement politique devient réalité, elle le serait alors au détriment du droit, de la morale et de la vie humaine, qui dit-on est sacrée. On le sait, la logique politique n’est pas toujours compatible avec ces valeurs, même dans les démocraties les plus confirmées.

Macaire Dagry

http://www.slateafrique.com

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